À Isidore
Ducasse, Comte de Lautréamont, florissant génie dont l’œuvre m’a abreuvé pour improviser
ces misérables et évidentes lignes.
*
L'autoroute dans le jardin, les rails en
dessous, les bancs souillés, les murs tagués, les fêtes foraines bruyantes, les
parcs d'attraction menteurs, les spectacles de danse sous les chapiteaux
déserts, les bars modèles, les lieux communs, les centres commerciaux
caverneux, le dialogue des machines, l'étouffement des supermarchés, les heures
de fermeture, le vol à la sauvette, les cartes de membre, le délit de faciès,
les jeux de hasard, la rue Varin, le sexe payant, les rapprochements sans
origine, la consommation des rencontres Tinder, les campagnes de pub qui ont le
sourire, celles qui restent en tête, les matchs de foot sans pronostics,
l'accumulation parasitaire, les syndromes de Diogène, les poubelles vides, les
fins de mois rudes, les loyers inabordables, les effets d'annonce, les hôtels 4
étoiles, le tourisme de masse, les guides touristiques hasardeux, les visites
guidées, les trous d'air au-dessus de la mer du Nord, les atterrissages en
trois fois, l'acrophobie, l’approximation de tout mouvement, les montagnes
russes, les secousses avachies, les pales fixes d'un hélicoptère en vol, quand
ça tourne vinaigre, le souffle gelé de l'air conditionné dans le dos, les
parkings payants, les amendes de stationnement, les urinoirs oppressants,
l'odeur de cochon, les longues pattes d'araignées circulaires autour de la
nuque, les frelons agressifs, les serpents, les cafards, les puces, les
morpions infectieux, les déjections d’acariens, les rats dans les murs, le
reflet brillant des yeux de mouton dans le noir, l'équarrisseur du mulet à
l'œil vif, les oiseaux en cage, les oiseaux sans tête, les chihuahuas jouets,
fêter l'anniversaire du clébard, fêter la Saint-Valentin, les anniversaires
surprises, les couilles du Pape, les chants de Noël, les gyrophares en musique,
les dvd, les compilations, les playlists, la K-pop, les rayures sur les
disques, les fausses notes, les accords prévus, les tatouages Carpe Diem,
les conventions de tattoo, les matchs de catch, les casquettes à l'envers, les
semelles compensées, la mode sans les explications, attendre pour la photo,
poser nu, les photos de chats, celles de femmes enceintes, les photographes
urbex, les selfies cancéreux, la numérisation des corps, les vidéastes amateurs
autistes, le trash paisible, l’apparence trompeuse des idées, les colliers de
perles sur les dos courbés, les colliers de cendres pour les pots broyés, les
plaques rouillées sur les façades, les plantes de bureau jaunies par la
paresse, les roses fanées, les fleurs flétries, l’aurore bruineuse de novembre
surnageant dans les entrailles d’une poésie mélancolique, la pluie matinale,
l'humidité, les nuages noirs et lents, les changements de pression, les
prévisions météorologiques, la lumière bleue, les imprécisions de l'automne
silencieux, les feuilles qui tombent sur les couchers de soleil éphémères, le
goût de la mer dans les yeux, l'agonie des beaux jours, l'épuisement des
saisons douces, l'air étouffant des nuits d'été, les dysfonctionnements de la
nature, les spectres de Broken asséchés, les hivers chauds, les chaleurs
insoutenables, les sables mouvants, le paysage éteint de la Hesbaye, les
chemins de remembrement, les pavés, les dos d'âne, les priorités de droite, les
angles morts, les pots de fleurs dans les ronds-points, les sentiers battus,
les sentiers dérisoires, l'année 2014, et six ans plus tard, la villa blanche
au sommet de la côte interminable, la suie liquide coulant sur les façades, les
grilles grinçantes, les pignons dégarnis, les chutes à vélo immobiles, les
nuages de moustiques dans la tronche, les trottinettes et les vélos
électriques, les roues voilées, les voitures sans permis, les bouchons
matinaux, les bus hybrides débordant de transpiration, les transitions
écologiques, les éoliennes, l'énergie verte, le tri sélectif, les fichiers
partagés, les temps de téléchargement à rallonge, les livraisons retardées, les
déménagements, les alarmes à 6 heures du matin, les rêves sans nuit, les nuits
sans rêves, les matelas mous, les coussins durs, les divans-lits, les lits qui
grincent, le volume de la télévision du rez-de-chaussée, les rebonds de la
machine à laver de la cave entre le coussin et l'oreille, le barouf du moteur
du frigo dans le salon, la saleté sur les pavés de la cuisine, la moisissure
dans le micro-ondes, les tabourets, les couteaux mal aiguisés, les salles de
bain sans bac de douche, pieds nus sur le carrelage, déposer les coudes sur une
table en acier inoxydable, les éponges remplies d'un liquide glaireux,
l'agglomération de poussière, la crasse obscène, les parfums incommodes, les fragrances
de friture, les moules sans frites, le trop sucré, le sans saveur, les
conservateurs, les acidifiants, les édulcorants, l'aspartame, les allergènes,
les allergies, les intolérances alimentaires, les plats préparés, les arêtes
oubliées dans les entrailles creuses, le porc en tranches dans des barquettes
en plastique, les coups brunis dans les pommes, la pourriture sur les fruits,
et cachée dans les boites de thon, les taches blanches sur la confiture, les
sachets de pâtes éventrés, les boudoirs mous, les baguettes en ciment, le pain
rassis, le pain congelé, la mie de pain égarée, éplucher les figues, les
clémentines, le lait concentré stérilisé, le thé en sachet, le café froid, et
en capsule, les bières chaudes, l'ivraie enivrante, l'alcool frelaté, le vin
vinaigré, l'eau en bouteille, le jus de fruits en canette, les bouchons coincés
sur les bouteilles pleines, l'eau en poudre, l'eau potable dans les chiottes,
l'eau sans mouvements, le jaune d'œuf rouge odorant, les vapeurs aphrodisiaques
de cette bougie au gingembre, le faux cuir beige, s'habiller en noir, les
chemises à carreaux, les shorts en jeans, les dégradés sur les jeans, les
pantacourts, les robes fuchsia, les polos verts, les leggings rouges, les
t-shirts roses, les Converses noires, les chaussettes blanches, les tickets
mauves, les voitures jaunes, les ados aux cheveux bleus, la crise
d'adolescence, les gros lards verts, les métalleux gris, les renfermés
planqués, les reclus sociaux, jouer avec les pixels sans jamais voir le jour,
l'onanisme intarissable, les geeks asociaux, les assistés chroniques, les fils
de pub, les ermites modernes, les hikikomori inconscients, les fuyards peureux,
la consanguinité transgénérationnelle, les amis d’hier, les amitiés perdues
polluées par l'amour, les anonymes qui ne se connaissent pas, ceux qui vivent
par l'absence, ceux qui sont Charlie, ceux qui parlent pour les autres, ceux
qui font la manche, ceux qui gueulent pour se faire entendre, ceux qui sifflent
des airs connus, ceux qui convertissent leurs idées, ceux qui pensent par
eux-mêmes, ceux qui trouvent ça "bien", ceux qui n'activent pas, les
pourris flémards, les salopettes propres, les chasubles jaunes aux alentours
des usines ternes, les croquemorts en costard, les collègues de bureau insondables,
l'intonation de celle d'en face, le battement des talons dans le couloir du
troisième, le claquement des talons écrasés sur le tarmac chaud, celui des
pieds nus dans les sandales humides, les idiots du "Bas", les gens
qui croivent, les aigrefins véreux, les retardés universels, les
libertins convaincus d'être libres, les intellectuels baratineurs, analyser les
affections, les cleptomanes généreux, les peaux de vache, les curieux
insatiables, les exfiltrés d'asile psychiatrique, les antispécistes, les platistes,
les créationnistes, les moralistes dépendants, les gueules de con, les
zététiciens graveleux, les bobos dans leur sursaut d'étonnement, la marginalité
forcée, étudiée, soignée, les paumés sans lecture, les affaissements
théoriques, les sarouels jaunis par la nicotine, le pathos dégoulinant des
polyamoureux non-binaires pansexuels, les superstitieux, les classes de 12, les
coachs en changement de vie, les vieux qui courent en short vers nulle part,
les affamés du temps de midi, ceux du soir, et ceux du matin aussi, les
faux-culs torves, les assureurs, les jurés cocus de cours d'assise, les doubles
vies, les ébranlés, les infestés, les infectés, les malades imaginaires, les
profiteurs, les escrocs, les truands, les brigands, les agences d'intérim, les
émotifs au cul du Diable, les cannibales, les destructeurs, l'inceste sucré, la
pédophilie inoffensive, anodine, souriante, déguisée, en smoking, les satyres
braguettes ouvertes, les pourris gâtés, les esclaves menottés, les hypocrites
doubles, la racaille mondialisée, les sans-papiers, et ceux avec, le Vénitien,
Place du Baty, ses philosophes pochards du vendredi soir, les pendus au milieu
du jardin, les jouisseurs de souffrances, les peurs de mort, les narcissiques
belliqueux, les débauchés camés, les antéchrists, les anges déchus, les démons
affreux, les persécuteurs, les destructeurs, les opportunistes aux tics
verbaux, "à qui mieux mieux!", "en somme", "tant que
t'es debout", "ou quoi ou qu'est-ce", "en vrai",
"de ouf", "tout doit partir", "c'est genre...",
"sans te commander", "moi je, moi je", "au jour
d'aujourd'hui", "carrément", "tellement vrai",
"ca ne mange pas de pain", "on perd du temps-là", "les
gens comme toi finissent au bout d'une corde", les monologues
inépuisables, les paroles venimeuses, les raccourcis de langages inhumains, les
fanfaronnades atrophiées, les surnoms encombrants, les vantardises tout haut,
le son pour combler le vide, les allitérations confuses, les rires d'hyène, les
rires bovins, les rires de fiotte, les rires saccadés retenus à l'entrée du
palais, les rires stridents coincés au fond de la gorge, répéter sans
s'entendre, parler trop fort, les mômes qui chialent, s’en débarrasser devant
les écrans, zapper sans ambition, la télévision étendard, les grilles de
programmes tv, les cinés pornos, la télé-réalité, le 19h, le 20h en copie, la
surenchère des experts télévisuels, les cancanages journalistiques verbeux, les
journalistes sportifs, les commentateurs de presse écrite, les citations sans
références, les citations sur les t-shirts, les critiques anonymes, les prix
littéraires, les auteurs délirants, l'impudicité des écrivains jacasseurs, les
conférences de Bernard Werber, les livres d'Albert Jacquard, pourrir la
littérature, les voleurs d'idées récompensés, les traductions foireuses, les
feuilles blanches hargneuses de la déperdition, les éprouvantes par ordre
chronologique, le découpage du présent continu, les barrières de la
communication, les messageries vocales sans paroles, les épithètes experts
vidés de leur sens, les romans noirs, et à suspense, les films sérieux, le slam
sponsorisé, les œuvres d'art incomprises, les tableaux remplis d'énigmes,
essayer de les déchiffrer, le minimalisme surchargé, les natures mortes, les
expositions de peinture sans tableaux, la réalité plastique, le marketing
viral, l'administration apathique, les démarches administratives enchevêtrées,
les traits procéduriers, les circulaires occultes, les réunions
professionnelles quand le soleil nous nargue, passer sous le bureau, les ragots
dans les cages d'escalier, les temps de midi interminables, huit heures sur le
papier, les permanences, les vidéo-conférences, l'enfermement volontaire des
esprits, la réification de l'âme, l'abrutissement des salles de classe, les
domestications, enseigner entre quatre murs, l'instruction de la jeunesse, le
grincement des ongles aiguisées sur le tableau vert, les listes de présences,
les cours de langue théoriques, la morale laïcarde, les pédagogues de Jonfosse,
les profs de math savants, les raisonnement par l’absurde, les truismes de la
vieille prof de morale qui pue de la gueule, la didactique, les dispenses
négociées, les journées de formation, les attestations de participation, les
visites médicales, les salles d'attente chloroformées, pisser dans un bocal,
les PCR contre le cerveau, les prises de sang, les dépistages du cancer de la
prostate, la petite bourgeoisie en sandales, les extensions du domaine de la
lutte, le fétichisme de la marchandise, le CAC40, les cotes boursières, la
fièvre de la finance mondiale poussant à l'endettement impondérable, les enfers
fiscaux, l'ivresse du développement, les taux d'intérêt enflammés, la
persuasion marchande, les banquiers col Mao, les maquereaux des dividendes, les
beaux parleurs, les actionnaires en manque, les parachutes dorés, le business
en ligne, les devis sans surprise, les délocalisations, les arnaques sous les
tables, l'argent sale, la privatisation des syndicats, et ceux corrompus, les
piquets de grève, les rassemblements gluants, les prétendues libérations, les
ordres contraires à la logique, les servitudes volontaires, les clans divisés,
les conflits d'intérêts, les financements cachés des campagnes de pouvoir, nier
l'existence des réseaux, les ordres d'en haut, les sbires ainés, les antifas
fascistes, les gauchistes incultes, les punks à chien, l'inclusivité
obsessionnelle, les psittacismes électoraux, les discussions molles, les avis
sectaires, les bruits qui courent, et ceux de couloir, les contre-révolutions,
les manifestations encadrées, les marches pour le climat, leurs organisateurs,
leurs croyants, leurs militants, leurs paroissiens, leurs fidèles, leurs
convaincus, l'écolo-féminisme, les campagnes d’hashtag qui disparaissent dans
le néant des lignes de code, la psyrose, les séances de psy
capitalistes, la psychologie moderne de l'usure, la gauche caviar, la droite
champagne, le centre presque, la manne d'inactifs supplémentaires, la trahison
de quarante années de politique sociale, les obédiences mystiques, les soumissions
religieuses, les néoconservateurs, les francs-maçons, la déchristianisation, le
cartésianisme nomade à sept branches, la circoncision du huitième jour, les
attaques sous faux drapeau, les cessez-le-feu illusoires, les homicides
dispersés, les casques à pointe, tenir en joue, les douilles vides, les
bombardements, les ONG pirates, le commerce équitable, les grands
remplacements, les immigrés échoués, l'armée de réserve, les dogmes creux, le
véganisme sans tradition, les mauvais mangeurs, la modernité, les malséances
nauséabondes du positivisme avarié, la parentalité uniquement positive, les
écologistes réprobateurs, les spiritualités contemporaines, charlatanes et
fallacieuses, les magiciens, les communions nocturnes, les travestis, le New
Age, la Kundalini décentrée, l'enstase, la sophrologie déséquilibrée, convertir
les fausses pratiques orientales en caricatures matérialistes immondes, le yoga
qui t’ancre dans la terre, le lâcher prise des inconditionnels de la servilité
du bien-être, les démocrates bornés, l'élucubration des droits inaudibles, les
esprits passifs, les versions officielles, les réaménagements de l'histoire
contemporaine, le crime de pensée, la charogne émasculée, la dictature
covidiste, la propagande qui la pousse, l’entoure, et la valide, les
confinements, la censure de la flaveur, les masques obligatoires, les passes
sanitaires, et les vaccinaux, les vaccins novateurs contre les maladies
inventées, les surdosages, les chacun pour soi, la loqueteuse immunité
collective, la recherche médicale sempiternelle, les puces électroniques sous
la peau, le crédit social à la chintok, les classements imposteurs, la
déshumanisation généralisée, l'espace Schengen, l’Organisation du traité de
l'Atlantique nord, l'Europe américanisée, la culture américaine, fêter
halloween, les anglicismes désordonnés, les starter packs, les trigger
warnings, les burnouts, les super chill vibes, les to-do
lists, les comeback, les best of, le vintage, les food
lovers, les team buildings, les scoops, les losers,
les master-classes, les openspaces, les fast-foods, les drive-ins,
les DIY, le Made in China, le binge-watching, le benchmarking,
le jet lag, le fairtrade, les Dylan, les Brandon, les Jason, les
Cheyenne, les Kimberley, les Beverly, les dépressives, les désagréables, les
bipolaires, les alcooliques, les amnésiques, les compliquées, les caprices
enfantins, les pleurnicheuses, les adultères, les avocates affriolantes, les
grosses qui gênent le passage, celles à moustache, celles aux pigeons, la tarée
quotidienne du Point chaud de la rue Saint-Gilles, la folle du rez-de-chaussée
cajolant sa bouteille de vin rouge, les secrétaires ivrognes aux lunettes noires
à strass, les allemandes délabrées, les princesses connasses, les pétasses en
bande, les vieilles au volant d’une Peugeot, les invisibles silencieuses au
furoncle lustré entre les narines et le menton, les assistantes sociales
salopes, les croqueuses d'hommes, la coquetterie à l'esbroufe, les
influenceuses de mode, les chroniques de l'accro au resto, les escroqueries
dans ton genre, les caissières sonores du Lidl de Grivegnée, le déni de
vieillesse, l'année d'âge mûr, les seins qui tombent, le maquillage industriel
de phoque, les cils de deux mètres, les piercings dans le nez, les faux-ongles
acérés, les seins siliconés, les jupes trop courtes et sans mystères, le botox
injecté au burin, les lèvres qui pendent, les paires de fesses carrées, les
hanches flasques, les omoplates raidies, les épaules molles, les nez absents,
et ceux de cochon, les renifleurs de nez encombrés, les cheveux gras, la
calvitie, les mâchoires carrées, les dents serrées, les crocs édentés, les
doigts qui collent, l'haleine fétide du réveil, les moustaches jaunies, les
myopies tardives, les pupilles qui se cherchent et finissent par se trouver,
les monosourcils, les regards fuyants, et inoccupés, les goitres proéminents,
le cérumen en croute, le pus sur les joues, les oreilles décollées, bouchées,
bourdonnantes, les trompes d'Eustache remplies de givre, les chats de gouttière
agrippés à la gorge, les acouphènes indélébiles, les rhumes abondants, les
rhumatismes, les os qui craquent, les troubles musculosquelettiques, les pieds
puants, les ongles sales et incarnés, les hordes de fourmis serpentant les
jambes endormies, les sciatiques mollets, les varicosités, les souffrances
physiques indescriptibles, perdre le côté droit, la drépanocytose héréditaire,
les éruptions cutanées indéfinissables, la peau en lambeaux, les tunnels sous
la peau, les démangeaisons fiévreuses, les picotements, les cicatrices
insoudables, les discopathies déshydratées, les déminéralisations, les
dystonies psychiques, la trichotillomanie compulsive, la dermatillomanie impulsive,
les dyssynchronies internes, les cordons ombilicaux noués autour du cou, les
grossesses accidentelles, les retards de règle, et celles qui n’arrivent
jamais, les lendemains de veille, les gueules de bois arides, courir aux
toilettes, le mal de crâne, le mal de mer, le sel dans les reins, les
incohérences cardiaques, les angines de poitrine, les extravasions biliaires,
les articulations crépitantes, les fractures ouvertes, celles refermées, les
squelettes percés, les chaises roulantes, les insomniaques affaissés, les
pathologies égotiques, les prophéties autoréalisatrices, les pertes de mémoire,
la fatigue inconnue, les hormones arrachées, les aliénations mentales, les
schizophrénies simples, les pyromanies glacées, les sautes d'humeur
inconvertibles, le stress fabriqué, les paralysies enthousiastes, et celles de
la parole, les assuétudes chimiques, toxiques, calamiteuses, les panses
tendues, les dissolutions de l'existence, les vénériennes, les monomanies,
l'anorexie, les vers parasites boulimiques, les nervosités, les
chimiothérapies, les euthanasies désespérées, le clonage des tombes, les
sirènes mortuaires, l'origine du monde, le vieillissement prématuré des lignes
de vie, les élixirs de jouvence, les ralentis, l'immobilisme, l'inaction, la
fainéantise, la radinerie, la neutralité, les compromis, les demi-mesures, les
indécisions, l'absentéisme, les faux-semblants, les dos tournés, l'impudicité,
l'imprécision, les discriminations, les malentendus, la résignation active, le
grégarisme autonome, les principes intangibles du convaincu moyen,
l'ambivalence des coquilles vides, l'égalitarisme imposé, l'inversion des
valeurs, l'absurdité égoïste, la fausse modestie, la vantardise accélérée, les
mythomanies désossées, les a priori courants, la vulgarisation du monde, la
rationalité vulgaire, les angoisses à venir, l'amertume au creux des lèvres,
les déceptions à répétition, la solitude rongée sur les bancs publics, la
veulerie contagieuse, les papiers qui meurent, les tragédies arrangées,
l'oraison funèbre indécente d'une nièce artificielle refusant de bénir la tombe
de sa défunte tante, les malédictions sibyllines, l'orgueil aveugle,
l'inconscience des fins, la fin du voyage, les sophismes abruptes, les mystères
résolus, les explications prolongées, les choix nombreux, le choix tout court,
la compassion frivole, le repentir mielleux, l'ennui profond dans le respect,
l'ennui pluriel dans l’irrespect, l'ambiguïté sournoise des ombres d'hier, la
liberté d'expression conditionnelle, les dérapages fictifs, les jugements
hâtifs, les analogies creuses, la tolérance universelle, la pitié d'emprunt, le
sentiment d'infériorité, la culpabilité irrationnelle, les ménagements
synthétiques de la probité, la palette des tourments, l'hystérie collective,
l'hypersexualisation, l'hypersensibilité pervertie, l'hyperactivité bénévole,
le conformisme fractal, l'excès de confiance, la platitude des raisonnements
redondants, les chaines de causalités infinies, les procès d'intention,
l’accumulation d'allusions litigieuses, les vertus pour les vices, les erreurs
pour les fautes, la foi sans la raison, les indéterminations, les contraintes
ailées à dos de brume, les écarts maladroits, les préconceptions assombries,
les engouements machinaux, les espoirs matériels, la double négation, les avis
en dents de scie, les dissymétries humaines, les admonestations sordides, les
entourloupes licencieuses, les épines dorsales du mensonge, la fatuité des
ombres molles, le hasard comme réalité, la contingence aventureuse, la
normalité normalisée, les addictions pour oublier, les pressions amnésiques,
les cordes de la nécessité, les dérivatifs, les solitudes forcées par les
écrans, la dégénérescence qualitative, le temps de latence, les défaillances,
les incuries morales, les rouspétances baveuses, l'antipathie facile,
l'optimisme extrême, béat, putride, la positivité surintensive, les attaques ad
hominem pour pallier ta bêtise, la peur du temps, la peur de soi, le culte de
soi, se détester quotidiennement, les envies frêles, les poussées de morbidité,
les perversions communes, l'accablement d'un écrivain meurtri par l'infidélité
d'une époque, vivre avec une ce que l'on attend de l'autre, dissocier l'amour
de la mort, celle à crédit, faire parler les morts, les cendriers d'aigreur,
les amours monotones, l'étranglement amoureux, l'obligation de jouer un rôle,
la mélancolie sombre, le vague à l'âme, la tristesse intestinale, les cœurs à
vif, les culs-de-sac de nostalgie vénéneux, les fantômes du passé, la guigne
muette et sourde, les momies de douceur, les nonchalances du désir, les modèles
parfaits, les habitudes insupportables, l'écho du silence, les prétextes fixes,
les agendas de ministre, l'espoir benêt, la précocité des espérances, le futur
approximatif, les disputes cycliques, les mains gauches occupées, 1000 je
t'aime éparpillés, 96 heures d’absence, les mots d'adieu collés au frigo,
les lettres de rupture, la défaite après chaque départ, les regrets entre les
dents, l'irréversibilité du temps, les à volonté, les peut-être,
les à peu près, quand tu me désavoues, quand tu désertes pendant 6 mois,
quand tu nous abandonnes, quand tu ressusciteras du tombeau des souvenirs,
quand tu embrases l'autre, quand tu me dévisages avec mépris ta clope roulée
aux lèvres, quand tu es entourée de courants d'air, quand tu ne dis plus rien,
quand tu m'évites, quand tu rebondis dans le prisme de mon agitation, quand tu
quitteras, quand je t'attends, quand il t'en manque une cinquantaine, tirer la
gueule, perdre patience, renoncer au refus, abandonner maintenant, abandonner sa
gosse, étaler les causes, aligner les complaintes, celles qui restent molles,
nier la vie, nier les autres, porter la guigne, prédire l'avenir, diviser pour
mieux régner, ne rien apprendre au travail, travailler pour vivre, travailler
pour rien, travailler derrière un bar, promouvoir, obstruer, ternir, recouvrir,
dissimuler la vérité, la laisser sens dessus dessous, rechercher le bonheur,
confondre son être dans le paraître, intérioriser éternellement, regarder son
nombril, s'inoculer la douche froide de la dépendance, se coller contre les
arbres pour communiquer avec la nature, sevrer, dépouiller, détruire, annihiler
les passions, se prendre pour Dieu, se familiariser avec l'enfer, croire que
l'enfer c'est les autres, renifler sa hantise, fumer du crack, les laudanums
statiques, sermonner abusivement le quotidien, ouvrir son parapluie à
l'intérieur, rire de ses blagues, manger trop vite, et la bouche ouverte,
monter en haut, confondre fins et moyens, se réjouir précipitamment, en savoir
trop, ou pas assez, ce qu'il faut faire, ce qu'on doit apprendre, et surtout
par cœur, ce qui est attendu, écrire à la deuxième personne du pluriel, écrire
pour survivre, tout ce qui empêche la poésie, la force, la condamne,
l'interprète, la traduit, tout ce qui l'explique, la salit, la bouche,
l’encombre, la coince, toutes les charges, tous les suicides, tous les
déterminismes sociaux, tout ce qui est healthy, tout ce qui rampe dans
la boue, tout ce qui est mauvais, tout ce qui est immuable, mais tout ce qui
change hâtivement, tout ce qui colle en laissant des traces, tout ce qui est
jauni, tout ce qui pique, gratte, râpe, frotte, tout ce qui sent le gratuit,
tout ce qui meurt vraiment, tout ce qui est trans, tout ce qui s'use
précocement, toutes les merdes industrielles ingurgitées, tout ce qui est
moyen, tout ce qui ne convainc pas, tout ce qui est autour et non dedans...
écrire les fins, – il est l’heure de se dresser contre ces machinations de
l’esprit, ces destins funestes, ces destructions de l’âme qui étouffent le
courant de notre conscience, il est l’heure d’affronter ces conformismes
latents, ces éruptions de ruines et ces aversions organisées pervertissant
notre instinct, il est l’heure de reconstruire sur les cendres de ces
condamnations le dernier récit d’une vérité immuable et éternelle.